Une seule santé & Zoonoses 26/10/2026 · 5 min de lecture

La rage chez les ratons laveurs connaît une recrudescence au Québec, le changement climatique pouvant pousser les réservoirs vers le nord

Bertrand Neveux

La rage chez les ratons laveurs connaît une recrudescence au Québec, le changement climatique pouvant pousser les réservoirs vers le nord

Le Québec a confirmé 313 cas de la variante de la rage des ratons laveurs depuis le 1er janvier 2026, ce qui marque une résurgence majeure d'une maladie qui avait pratiquement disparu de la province. Dans ce contexte épidémiologique en rapide évolution, une nouvelle étude de modélisation suggère que le changement climatique pourrait progressivement étendre vers le nord l’habitat propice aux ratons laveurs et aux mouffettes rayées, ce qui pourrait obliger les programmes de surveillance de la rage et de vaccination à couvrir des zones beaucoup plus vastes.


La flambée actuelle marque un changement radical par rapport à la décennie précédente. Après les opérations de lutte menées à la suite de l’épidémie de 2006-2009, au cours de laquelle 104 cas chez les animaux sauvages avaient été confirmés, le Québec n’avait enregistré qu’un seul cas isolé en 2015. La rage chez les ratons laveurs a refait son apparition à Saint-Armand en décembre 2024, suivie d’un deuxième foyer autour de Stanstead en août 2025. Un troisième foyer est apparu en juin 2026 autour de Saint-Anicet, dans l’ouest de la Montérégie, et les autorités font état d’une progression importante depuis lors, en particulier dans toute la Montérégie.

Plus de 300 cas en 2026

À la fin du mois d’octobre, le Québec recensait 313 cas confirmés en laboratoire de la variante de la rage du raton laveur en 2026. La plupart des cas concernent des ratons laveurs, mais la variante a également été confirmée chez des mouffettes rayées, des chats et un renard roux, ce qui démontre une transmission au-delà de son hôte réservoir principal. Les cas se concentrent en Montérégie et en Estrie, mais des cas ont également été détectés dans le Centre-du-Québec. Parmi les communes touchées en 2026 figurent Saint-Anicet, Saint-Jean-sur-Richelieu, Saint-Hyacinthe, Coaticook, Bromont, Magog, Farnham et plusieurs localités situées à proximité de la frontière américaine.

Les autorités québécoises attribuent cette réapparition à une épidémie qui progresse vers le nord depuis le Vermont depuis 2022, soulignant l’importance d’une lutte coordonnée des deux côtés de la frontière canado-américaine.

Le changement climatique pourrait redessiner la carte des réservoirs

Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Université de Montréal se penche sur une question à plus long terme : comment le changement climatique pourrait-il modifier la répartition géographique des deux principaux réservoirs terrestres de la rage du raton laveur, à savoir le raton laveur (Procyon lotor) et la mouffette rayée (Mephitis mephitis) ?

À l’aide de modèles de répartition des espèces et de plusieurs scénarios climatiques s’étendant jusqu’en 2100, les chercheurs prévoient une expansion vers le nord de l’habitat propice aux deux espèces, les ratons laveurs se déplaçant généralement plus rapidement et plus loin que les mouffettes. Ces modèles, fondés sur des données d’occurrence de la faune nord-américaine et sur des variables climatiques, ont donné de bons résultats lors de la validation croisée, avec des coefficients de corrélation de Matthews de 0,765 pour les ratons laveurs et de 0,740 pour les mouffettes.

Les ratons laveurs pourraient être les principaux bénéficiaires d’un réchauffement plus marqué

La trajectoire varie considérablement en fonction des émissions de gaz à effet de serre. Dans le scénario à faibles émissions, de nouveaux habitats propices apparaissent en quantité importante dès 2030 environ, mais l’expansion ralentit par la suite au cours du siècle. Dans le scénario présentant les émissions les plus élevées, le déplacement géographique le plus important se produit vers 2070 et s’étend considérablement plus au nord. Les projections indiquent également qu’un réchauffement marqué favorise de plus en plus les ratons laveurs par rapport aux mouffettes rayées aux latitudes élevées.

La température, en particulier la température maximale du mois le plus chaud et les conditions hivernales, influence fortement l’adéquation de l’habitat pour les ratons laveurs. La répartition des mouffettes semble davantage dépendre des précipitations, de la disponibilité des zones humides et des conditions hivernales.

Un habitat favorable ne signifie pas pour autant une propagation de la rage

Le modèle prédit les zones où les ratons laveurs et les mouffettes pourraient vivre, et non celles où le virus de la rage des ratons laveurs circulera nécessairement. Les auteurs avertissent explicitement que l’extension de l’habitat propice ne signifie pas que des animaux infectés coloniseront automatiquement ces zones. La vaccination par voie orale, la surveillance et la maîtrise des foyers existants pourraient encore interrompre la propagation du virus, même si les populations réservoirs s’étendent vers le nord.

Cette nuance est particulièrement importante au regard de l’épidémie de 2026 : l’augmentation actuelle du nombre de cas ne doit pas être attribuée directement au changement climatique sur la base de cette étude.

Les zones de surveillance pourraient elles aussi devoir être déplacées vers le nord

Néanmoins, la combinaison de l’épidémie actuelle et de l’expansion prévue des réservoirs a des implications importantes. Certaines zones septentrionales qui pourraient devenir de plus en plus propices aux ratons laveurs et aux mouffettes disposent actuellement d’infrastructures de surveillance et de vaccination contre la rage chez la faune sauvage moins développées. Si les populations hôtes se déplacent, les zones de contrôle géographiques existantes pourraient finir par être mal alignées sur la répartition écologique des réservoirs.

Les chercheurs soulignent donc que la vaccination orale contre la rage, le renforcement de la surveillance et la coordination transfrontalière constituent des outils essentiels, en particulier dans les scénarios de forte augmentation des émissions.

Ces modèles présentent toutefois des limites. Ils reposent principalement sur des données climatiques et n’intègrent pas pleinement l’urbanisation, les forêts, les zones humides, les ressources alimentaires ou les obstacles au déplacement des animaux, autant de facteurs qui déterminent si un habitat apparemment propice est effectivement colonisé.

Avec plus de 300 cas confirmés déjà recensés au Québec en 2026, la rage chez les ratons laveurs constitue à nouveau un problème sanitaire animalier immédiat. Les projections climatiques ajoutent une mise en garde à plus long terme : le territoire écologique nécessitant une surveillance et une vaccination pourrait lui-même se déplacer vers le nord.

Aussi disponible en : English (US)

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