Le changement climatique, la perte de biodiversité et la modification de l’occupation des sols modifient les habitats des chauves-souris, leurs interactions avec les humains et les animaux domestiques, et, par conséquent, les lieux où des transmissions zoonotiques peuvent se produire. Une nouvelle étude soutient que la prévention doit aller au-delà de la simple réponse aux épidémies et s’attaquer aux conditions écologiques qui favorisent la transmission.
Cette étude passe en revue les principales zoonoses associées aux chauves-souris qui revêtent une importance pour la santé publique : Ebola, Marburg, Nipah, Hendra, la rage, le lyssavirus des chauves-souris australiennes et l’histoplasmose. Les voies de transmission varient, mais la plupart impliquent une exposition à des chauves-souris infectées, à leurs fluides corporels ou à leurs excréments, à des environnements contaminés ou à des hôtes animaux intermédiaires.
Les animaux domestiques peuvent servir de ponts épidémiologiques
Plusieurs des infections passées en revue démontrent l’importance de l’interface entre l’animal et l’homme.
Pour le virus Nipah, la transmission peut se faire directement à partir des chauves-souris ou par l’intermédiaire d’animaux infectés, les porcs ayant joué un rôle majeur dans l’épidémie malaisienne. Une transmission interhumaine a également été documentée.
Pour le virus Hendra, les roussettes constituent le réservoir naturel, mais les chevaux agissent comme hôtes intermédiaires clés pour l’infection humaine. On pense que la transmission aux chevaux se produit par contamination des aliments pour animaux ou des pâturages par des sécrétions ou des excréments de chauves-souris, tandis que les cas humains ont fait suite à un contact étroit avec des chevaux infectés.
La rage illustre une autre interface complexe entre la faune sauvage et les animaux domestiques. À l’échelle mondiale, les chiens sont à l’origine de plus de 95 % des cas de rage chez l’homme, mais les chauves-souris et d’autres animaux sauvages peuvent entretenir des cycles sylvatiques et réintroduire à plusieurs reprises l’infection dans les populations domestiques.
Les chauves-souris sont des réservoirs importants, mais pas des ennemis
Les auteurs soulignent que les chauves-souris fournissent des services écosystémiques essentiels et que la prévention des maladies ne doit pas reposer sur une lutte aveugle contre ces animaux. Au contraire, la réduction des risques doit se concentrer sur la diminution des occasions de contact, la protection des aliments et des locaux d’élevage, l’amélioration de la biosécurité des exploitations, la prévention de l’exposition humaine aux chauves-souris et aux environnements contaminés par celles-ci, ainsi que le recours à la vaccination lorsque celle-ci est disponible.
Il existe actuellement des vaccins contre la rage humaine et le virus Ebola Zaïre, tandis qu’un vaccin contre le virus Hendra est disponible pour les chevaux. Pour plusieurs autres maladies transmises par les chauves-souris, notamment les virus Nipah et Marburg, le développement de vaccins est toujours en cours.
La prévention doit commencer en amont
Le message général de cette étude est d’ordre écologique. La perte d’habitat, l’intensification agricole et l’urbanisation peuvent pousser les chauves-souris vers des zones où les interactions avec le bétail et les populations humaines deviennent plus fréquentes. Le changement climatique peut également modifier l’abondance et la répartition géographique des chauves-souris. Les auteurs soutiennent donc que la préparation aux zoonoses devrait combiner la surveillance conventionnelle, la vaccination et la lutte contre les épidémies avec une meilleure gestion écologique et des politiques d’aménagement du territoire visant à réduire les interfaces à risque avant que la transmission ne se produise.
Pour prévenir la prochaine zoonose associée aux chauves-souris, il faut protéger non seulement la santé humaine et animale, mais aussi les écosystèmes qui déterminent quand et où ces espèces se rencontrent.
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