Une seule santé & Zoonoses 14/10/2026 · 6 min de lecture

Les zoonoses d'origine halieutique restent un risque sous-estimé, alors que l'aquaculture et la consommation de poisson cru ne cessent de se développer

Bertrand Neveux

Les zoonoses d'origine halieutique restent un risque sous-estimé, alors que l'aquaculture et la consommation de poisson cru ne cessent de se développer

Les poissons et les milieux aquatiques sont encore souvent négligés dans la surveillance des maladies zoonotiques, malgré la croissance rapide de l’aquaculture, du commerce international des produits de la mer et de la consommation de poisson cru ou peu transformé. Une nouvelle étude met en évidence un large éventail de risques bactériens, parasitaires et environnementaux, et plaide en faveur d’une intégration plus étroite entre la santé des animaux aquatiques, la sécurité alimentaire et la surveillance de la santé humaine.


Historiquement, les poissons ont été considérés comme une source relativement mineure de maladies zoonotiques par rapport au bétail terrestre. Les auteurs font valoir que cette perception pourrait en partie refléter un sous-diagnostic et une surveillance limitée, tandis que l’expansion de l’aquaculture, du commerce des produits de la mer, des régimes alimentaires à base de poisson cru et de la détention de poissons d’ornement multiplient les occasions d’exposition pour l’homme.

Les bactéries et les parasites constituent le principal risque

Parmi les agents zoonotiques associés aux poissons, les bactéries restent particulièrement importantes. Cette étude identifie Mycobacterium spp., Streptococcus iniae, Clostridium botulinum et Vibrio vulnificus parmi les organismes pour lesquels il existe des preuves solides d’une véritable transmission du poisson à l’homme, tandis que plusieurs autres bactéries sont associées à la manipulation ou à la consommation de poisson.

Les parasites constituent un autre groupe majeur. Les nématodes, les cestodes et les trématodes peuvent être transmis par le poisson cru, insuffisamment cuit ou mal conservé, ce qui rend les changements d’habitudes alimentaires pertinents en matière d’exposition aux zoonoses.

Le tableau des épidémies présenté dans cette étude illustre la diversité des événements documentés, notamment la gnathostomiase associée à la consommation de poisson au Mexique, le botulisme lié au poisson en Norvège et en Allemagne, la salmonellose associée au saumon fumé aux Pays-Bas, la listériose liée au poisson fumé et les infections graves à Streptococcus agalactiae ST283 consécutives à la consommation de poisson d’eau douce cru à Singapour.

Peu de véritables virus du poisson infectent l’homme

La situation virale est différente. Les auteurs soulignent que peu de virus infectant les poissons sont confirmés comme étant des zoonoses. Une grande partie du risque viral associé aux produits de la mer provient plutôt de la contamination des produits aquatiques ou des eaux de pêche par des agents pathogènes humains tels que le norovirus et le virus de l’hépatite A.

En d’autres termes, les produits de la mer peuvent servir de vecteur sans que le poisson ne constitue nécessairement le réservoir biologique du virus. Cette distinction est importante pour la surveillance, car les mesures de contrôle sont très différentes : l’assainissement de l’environnement et l’hygiène alimentaire prennent alors le pas sur la lutte contre l’infection au sein même de la population de poissons.

L’infection ne se limite pas à la consommation de poisson

La consommation n’est qu’une voie d’exposition parmi d’autres. Cette étude décrit des cas d’infection par le biais de poissons crus ou insuffisamment cuits, de lésions cutanées lors de la manipulation, d’eau contaminée provenant d’aquariums ou d’exploitations aquacoles et, plus rarement, d’aérosols ou de vecteurs. Elle estime qu’environ 46 % des zoonoses liées aux poissons impliquent une transmission par voie orale, tandis que l’exposition par l’eau et le contact cutané jouent également un rôle important.

Cela expose plusieurs catégories professionnelles à un risque particulier, notamment les travailleurs de l’aquaculture, les transformateurs de poisson, les pêcheurs à la ligne, les aquariophiles et le personnel vétérinaire ou de laboratoire. Les personnes immunodéprimées ou souffrant d’une maladie chronique sous-jacente peuvent également être plus sensibles à une infection grave.

Les zoonoses par contact sont particulièrement pertinentes pour des organismes tels que *Mycobacterium marinum* et *Vibrio vulnificus*, pour lesquels de légères coupures ou écorchures peuvent constituer une porte d’entrée lors de la manipulation des poissons ou de l’entretien des aquariums.

L’aquaculture soulève également la question de la résistance aux antimicrobiens

Cette étude établit un lien entre les zoonoses d’origine piscicole et un autre enjeu majeur de l’approche « One Health » : la résistance aux antimicrobiens. Les antimicrobiens administrés en aquaculture peuvent se répandre dans les milieux aquatiques environnants, favorisant potentiellement l’apparition d’organismes résistants. Les auteurs soulignent tout particulièrement les risques de résistance liés à des bactéries telles qu’Aeromonas hydrophila, Streptococcus iniae et Vibrio spp., et préconisent une utilisation prudente des antimicrobiens, la vaccination lorsque cela est possible, ainsi que l’amélioration des pratiques d’élevage.

La santé des animaux aquatiques revêt donc une importance non seulement pour les maladies d’origine alimentaire, mais aussi pour la surveillance environnementale de la RAM.

La cuisson reste la protection la plus simple

De nombreuses mesures préventives sont bien établies. Une cuisson adéquate reste la méthode la plus fiable pour éliminer la plupart des parasites et des agents pathogènes bactériens. Pour les poissons destinés à être consommés crus, la congélation est particulièrement importante pour lutter contre les parasites anisakidés. Cette étude cite des recommandations américaines préconisant une congélation à −20 °C pendant au moins sept jours ou à −35 °C pendant au moins 15 heures, bien que la congélation n’élimine pas les allergènes d’Anisakis résistants à la chaleur.

Au niveau des exploitations aquacoles, une meilleure qualité de l’eau, une densité de peuplement réduite, une surveillance systématique des agents pathogènes et une utilisation responsable des antimicrobiens peuvent réduire la charge pathogène avant que les poissons n’atteignent les consommateurs.

Pour les personnes manipulant du poisson, le port de gants imperméables, la protection des plaies et le lavage immédiat des mains restent des mesures simples mais importantes.

La santé des animaux aquatiques mérite une place plus importante dans l’approche « One Health »

Le message sous-jacent de cette étude est que l’importance des zoonoses d’origine piscicole pourrait être systématiquement sous-estimée.

La production aquacole et le commerce des produits de la mer continuent de se développer, tandis que la demande des consommateurs pour les sushis, les sashimis, le ceviche et d’autres produits peu transformés augmente les risques d’exposition. Parallèlement, les poissons d’ornement et les aquariums domestiques créent des voies de contact direct qui sont largement absentes de la surveillance conventionnelle de la sécurité alimentaire.

Les auteurs appellent donc à une surveillance coordonnée impliquant les services vétérinaires, les autorités de santé publique, les organismes de réglementation de la sécurité alimentaire et le secteur de l’aquaculture.

Les écosystèmes aquatiques ne devraient plus être considérés comme marginaux dans la surveillance des maladies zoonotiques. Les poissons, l’eau, la production alimentaire et l’exposition humaine forment un système épidémiologique interconnecté, et la surveillance doit refléter cette réalité.

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