Une étude cas-témoins allemande suggère que les scores globaux de biosécurité pourraient être moins révélateurs que les faiblesses spécifiques observées dans la gestion quotidienne des exploitations. Dans les élevages de volailles de Basse-Saxe, touchés à plusieurs reprises par l’influenza aviaire hautement pathogène, deux facteurs se sont démarqués lors de l’analyse multivariée : un mauvais entretien de la végétation autour des poulaillers et l’absence de systèmes dédiés à l’évacuation des carcasses sans avoir à rouvrir ou à traverser des zones sensibles sur le plan de l’hygiène.
La Basse-Saxe est le plus grand Land allemand en matière de production avicole, avec environ 77,6 millions de volailles, et figure également parmi les régions du pays les plus fréquemment touchées par la grippe aviaire hautement pathogène. Entre octobre 2025 et février 2026, elle a enregistré plus de deux fois plus de foyers chez les volailles que la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le deuxième Land allemand le plus touché. L’étude s’est délibérément concentrée sur les exploitations ayant des antécédents d’infections répétées. Les exploitations étaient classées comme « cas » si elles avaient connu au moins deux foyers confirmés d’IAHP entre 2016 et 2023, tandis que les exploitations « témoins » n’avaient connu aucun foyer au cours de cette période. Au final, 15 exploitations « cas » et 26 exploitations « témoins » ont été incluses.
Les scores globaux de biosécurité ne permettaient pas de distinguer les exploitations touchées de celles qui ne l’étaient pas
Les chercheurs ont évalué chaque exploitation à l’aide d’une liste de contrôle spécialement élaborée couvrant huit domaines : les locaux de l’exploitation, les sas d’hygiène, les vêtements de protection, les poulaillers, le stockage des aliments pour animaux et de la litière, la lutte contre les nuisibles, le stockage des carcasses et la documentation. Le score maximal était de 76,5 points.
Les exploitations cas ont obtenu en moyenne 42,2 points, contre 45,3 points pour les exploitations témoins, mais cette différence n’était pas statistiquement significative. Cela suggère qu’une exploitation peut présenter un profil de biosécurité globalement acceptable tout en conservant une ou deux vulnérabilités critiques susceptibles de permettre l’entrée du virus.
Les auteurs avancent plusieurs explications possibles : les éleveurs disposant d’une meilleure biosécurité ont peut-être été plus enclins à participer, les exploitations se sont peut-être améliorées après des épidémies antérieures, et une forte pression infectieuse peut parfois venir à bout même d’une biosécurité relativement bonne.
La végétation autour des poulaillers est apparue comme un facteur clé
L’une des conclusions les plus marquantes concernait la gestion de l’herbe. Les exploitations témoins étaient nettement plus susceptibles de maintenir une herbe rasée autour des poulaillers, tandis que les exploitations touchées à plusieurs reprises présentaient plus souvent une végétation plus haute. Dans l’analyse multivariée, l’herbe rasée restait fortement associée à un nombre réduit de foyers épidémiques. Ce mécanisme est biologiquement plausible. Une herbe haute et une végétation dense peuvent constituer un habitat pour les rongeurs et les petits oiseaux sauvages, qui peuvent tous deux contribuer, mécaniquement ou biologiquement, à l’introduction d’agents pathogènes autour des bâtiments avicoles.
Les auteurs notent que des recherches antérieures ont également établi un lien entre un fauchage peu fréquent autour des élevages de volailles et un risque accru de H5N1. Ils recommandent donc de maintenir la végétation rasée, en particulier avant et pendant les mois les plus froids, période durant laquelle l’activité de l’IAHP augmente généralement.
L’enlèvement des carcasses pourrait constituer une faille de biosécurité négligée
Le deuxième facteur majeur concernait la manière dont les oiseaux morts sont évacués des poulaillers. Seules 33,3 % des exploitations concernées par des cas disposaient d’installations dédiées à l’enlèvement des carcasses, contre 69,2 % des exploitations témoins. La présence de telles installations restait associée à un niveau d’épidémie plus faible dans le modèle multivarié. Ce résultat est particulièrement intéressant car les auteurs ont constaté que peu de recherches antérieures traitaient de cette question spécifique.
Des trappes ou ouvertures dédiées permettent d’évacuer les oiseaux morts sans ouvrir l’entrée principale du poulailler ni faire passer les carcasses par un sas d’hygiène.
En l’absence de ces systèmes, l’évacuation des carcasses peut créer à plusieurs reprises des risques de contamination croisée par le biais des chaussures, du matériel, des mains ou des surfaces. L’ouverture de la porte principale du poulailler peut également constituer une voie directe d’entrée pour la contamination environnementale.
Les livraisons d’aliments, de litière et de fumier ont également leur importance
Plusieurs facteurs supplémentaires ont été associés au statut épidémique lors de l’analyse univariée. L’un d’entre eux concernait la conception des locaux de stockage. Les exploitations où les fournisseurs devaient pénétrer dans la zone propre pour livrer des aliments pour animaux, de la litière ou accéder au stockage du fumier étaient plus susceptibles d’appartenir au groupe touché à plusieurs reprises. Une configuration des locaux de stockage permettant aux fournisseurs d’intervenir sans pénétrer dans les zones de production propres était associée à un risque d’épidémie plus faible.
Cela renforce un principe fondamental de biosécurité : chaque véhicule ou personne supplémentaire pénétrant dans la zone propre de l’exploitation crée une voie supplémentaire d’introduction du virus.
Les auteurs recommandent donc de concevoir les zones de stockage et de livraison de manière à ce que les fournisseurs externes restent, dans la mesure du possible, en dehors des zones de production sensibles.
Les bacs de désinfection des chaussures ont donné un résultat surprenant
L’étude a également mis en évidence une association plus inattendue. Les exploitations utilisant des bacs de désinfection plutôt que des tapis présentaient des chances significativement plus élevées d’appartenir au groupe des cas dans l’analyse univariée. Une explication pourrait être d’ordre comportemental : les bacs peuvent être plus encombrants, moins systématiquement utilisés ou mal entretenus. Les exploitations disposant à la fois de tapis et de bacs n’ont pas montré cette même association. Des études antérieures ont également montré qu’il ne fallait pas se fier aux bains de pieds ni aux tapis désinfectants comme mesures de biosécurité à elles seules. Changer de chaussures pourrait s’avérer plus efficace que de simplement marcher dans un désinfectant.
La proximité des routes a donné lieu à des résultats contradictoires
La géographie a donné des résultats moins évidents. Les exploitations du groupe des cas étaient situées plus près des autoroutes mais plus loin des routes nationales que les exploitations du groupe témoin. Une plus grande distance par rapport aux routes nationales est restée significative dans l’analyse univariée, mais aucune des deux variables routières n’a été retenue dans le modèle multivarié final.
Les autoroutes pourraient être corrélées au transport de volailles ou à d’autres risques liés aux déplacements, tandis que les routes nationales pourraient simplement servir d’indicateurs de différents modes d’occupation des sols, de la densité de volailles ou de l’habitat des oiseaux sauvages.
Il est important de noter que la présence d’oiseaux migrateurs à proximité immédiate de l’exploitation n’était pas significativement associée à l’apparition de foyers dans cette étude de petite envergure.
L’étude n’a par ailleurs révélé aucune différence significative quant au nombre total de mesures de biosécurité conventionnelles mises en œuvre entre les exploitations ayant connu des épidémies répétées et celles qui n’en ont pas connu. De petits changements pourraient néanmoins avoir un impact immédiat.
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