Les registres du cancer chez l'animal prennent de plus en plus d'importance en oncologie vétérinaire, en médecine comparative et dans le cadre de l'approche « One Health », mais leur valeur épidémiologique dépend de la qualité et de la comparabilité des données qu'ils collectent. Une nouvelle étude italienne propose un cadre structuré pour évaluer cette qualité et le teste sur le registre du cancer chez l'animal des Abruzzes.
L’étude identifie 16 indicateurs de qualité regroupés en six domaines : organisation du registre, sources des cas, comparabilité, validité, actualité et exhaustivité.
Pourquoi la qualité des registres est-elle importante ?
Les registres du cancer chez les animaux peuvent aider à mesurer l’incidence, à détecter des tendances spatiales ou temporelles et à faciliter les comparaisons entre les populations animales et humaines. Les animaux de compagnie revêtent une importance particulière, car ils partagent le même environnement et les mêmes expositions que les humains et peuvent servir de sentinelles pour détecter les risques environnementaux.
Mais les registres présentent de grandes disparités en matière de définitions des cas, de confirmation diagnostique, de systèmes de codage et de méthodes de déclaration. En l’absence de normes communes, les différences apparentes dans la fréquence des cancers peuvent refléter les méthodes de surveillance plutôt qu’une véritable variation épidémiologique.
Les auteurs adaptent donc à la surveillance vétérinaire les principes utilisés depuis longtemps dans l’enregistrement des cancers chez l’homme !
Les Abruzzes : un cas d’étude
Ce cadre a été appliqué au Registre des cancers chez les animaux des Abruzzes, créé en 2014 et géré par le système régional de santé publique vétérinaire.
L’analyse s’est concentrée sur les chiens et a porté sur la période 2020-2024. Les 16 indicateurs ont tous pu être calculés à partir de données collectées de manière systématique, ce qui suggère que le cadre proposé peut être mis en œuvre sans créer un système de surveillance entièrement nouveau.
Les chiens sont particulièrement utiles pour la surveillance à l’échelle de la population en Italie, car l’implantation obligatoire d’une puce électronique permet l’identification individuelle et réduit le risque de doublons dans les enregistrements.
La surveillance passive reste un point faible
Le registre des Abruzzes est principalement axé sur la pathologie et dépend de la transmission d’échantillons tumoraux par les vétérinaires. Cela introduit une limitation importante : des cancers peuvent passer inaperçus lorsque les animaux ne sont pas examinés, que les propriétaires refusent les examens diagnostiques, que les tumeurs sont traitées sans examen histopathologique ou que les échantillons sont analysés en dehors du réseau.
C’est pourquoi un nombre élevé de cas enregistrés ne signifie pas automatiquement qu’un registre est exhaustif. L’étude soutient que l’exhaustivité, l’actualité et la validité diagnostique doivent donc être évaluées de manière explicite plutôt que supposées.
Un outil « One Health » si les données sont fiables
Les registres des cancers chez les animaux pourraient à terme contribuer à la surveillance de la santé environnementale en identifiant des schémas de cancer inhabituels au sein de populations partageant les mêmes environnements que les humains. Mais cela nécessite un codage standardisé, des définitions de cas cohérentes et une évaluation transparente de la qualité.
Le cadre proposé ne constitue pas encore une norme internationale, et les auteurs soulignent qu’il doit désormais être testé dans d’autres registres et sur d’autres espèces.
La surveillance vétérinaire des cancers doit passer de la simple collecte de cas à l’évaluation de la robustesse de ces données pour l’oncologie comparative et la recherche « One Health ».
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