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Bien-être animal en élevage : des implications économiques, mais aussi éthiques
V
Vetitude
15/10/2015
6 min de lecture
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Pour sa première auto-saisine, le comité d’éthique commun à l’Inra et au Cirad* a choisi de se pencher sur le bien-être des animaux d’élevage, excluant de sa réflexion les espèces de compagnie et les animaux destinés à l’expérimentation scientifique. Au-delà des débats sur le statut juridique ou les droits des animaux, le comité explore la façon dont le bien-être doit être pris en compte en pratique, représentant à la fois un paramètre de l’élevage et l’une de ses finalités, au même titre que la productivité. Cela implique de pouvoir l’évaluer, donc de déterminer la place et l’importance du bien-être animal en tant qu’objet d’étude pour la recherche. Cette double approche rejoint la stratégie 2015-2020 du ministère de l’Agriculture dont l’ambition est de « placer le bien-être animal au cœur d’une activité durable ».
Désireux d’éclairer le public sur cette préoccupation sociétale qui a des implications économiques mais aussi éthiques, le comité a rendu un avis fondé sur une définition large et positive du bien-être animal, qui englobe les aspects relationnels, affectifs, émotionnels et comportementaux des animaux. Conforme à la reconnaissance du statut d’être sensible de l’animal, cette définition permet d’évaluer différentes pratiques d’élevage du point de vue du bien-être qu’elles permettent, ou non. Le respect d’un niveau de bien-être par l’éleveur devient une valeur en soi, qui n’est pas justifiée par les seules considérations économiques. L’animal cesse d’être traité comme un objet, au service d’un objectif, pour être reconnu comme un sujet, qui existe par lui-même.
Sans chercher à savoir si les espèces de rente s’adaptent plus ou moins bien aux conditions imposées par la production, le comité s’est interrogé sur les méthodes qui permettent d’adapter les conditions d’élevage aux besoins et aux comportements des animaux. Ainsi, au-delà de l’absence de douleur et de maladie, est mis en avant « l’état dans lequel se trouve l’animal quand il peut exprimer les comportements naturels de son espèce ou quand il réalise ses aspirations ». Le maintien d’interactions sociales apparaît alors aussi important dans les rapports avec les congénères que dans le cadre de la relation avec l’homme.
Les préconisations du comité se veulent des lignes directrices qui trouveront leur concrétisation ces cinq prochaines années, dans le contexte de la première stratégie ministérielle en faveur du bien-être animal, lancée en juin 2015. L’objectif est en effet de placer le bien-être animal au cœur d’une activité durable, selon un plan de travail décliné en cinq priorités nationales : partager le savoir et promouvoir l’innovation, responsabiliser les acteurs à tous les niveaux, poursuivre l’évolution des pratiques en faveur du bien-être des animaux, prévenir et être réactif face à la maltraitance animale, informer chacun des avancées et des résultats de ce plan d’actions. Le ministère allemand étudie également des pistes pour un élevage socialement accepté. L’auto-saisine du comité d’éthique Inra-Cirad porte ainsi sur une question au cœur de l’actualité politique, zootechnique et sociétale.
En 2009, une expertise scientifique collective** sur la douleur chez les animaux de production avait déjà mobilisé une vingtaine d’experts de l’Inra, des écoles vétérinaires, de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, du Collège de France et du Centre national de la recherche scientifique. Ces travaux pluridisciplinaires, fondés sur près de 1 400 articles scientifiques et rapports internationaux, ont permis de clarifier le concept et les méthodes d’analyse utilisés pour appréhender la douleur chez l’animal de rente, mais aussi d’identifier les situations et les interventions douloureuses, jusqu’à l’abattage. Des solutions alternatives sont depuis mises en œuvre ou en cours de développement dans des systèmes d’élevage spécifiques (démarche des 3S pour supprimer, substituer, soulager la douleur).
* Comité consultatif commun d’éthique sur la recherche agronomique de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), avis n° 7, octobre 2015.
** Douleurs animales : les identifier, les comprendre, les limiter chez les animaux d’élevage, décembre 2009.
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