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Abattoir d’Alès : les sénateurs se mobilisent derrière Sylvie Goy-Chavent
V
Vetitude
12/11/2015
7 min de lecture
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En France, plus de la moitié des animaux de rente sont égorgés sans être préalablement étourdis. Depuis la diffusion des images insoutenables tournées dans l’abattoir d’Alès (Gard), l’affaire continue de susciter l’indignation. Le parquet d’Alès a ouvert une enquête préliminaire sur des « faits d’actes de cruauté, mauvais traitements sur animaux ». Maintenant, c’est au tour des sénateurs* de réagir. Ils demandent, sur une initiative de la sénatrice Sylvie Goy-Chavent, la création d’une commission d’enquête sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie, afin de faire toute la lumière sur ces dérives inacceptables.
Selon la sénatrice UDI de l’Ain, la vidéo tournée à Alès montre des pratiques d’abattage qui ont également cours dans d’autres abattoirs. Il ne s’agit donc pas d’un cas isolé. « Outre les questions liées au respect du bien-être animal et celles qui concernent la sécurité alimentaire, ces pratiques risquent de porter un coup fatal à toute une filière déjà durement touchée par la concurrence internationale et les scandales à répétition », estime-t-elle.
Ainsi, une commission d’enquête parlementaire permettra « d’aller voir ce qui se passe à l’intérieur des abattoirs » et « d’apporter des éclaircissements et des propositions pour garantir le respect des règles élémentaires en matière d’hygiène, de sécurité alimentaire et de bien-être animal ». Son initiative, relayée par une pétition en ligne** adressée à l’ensemble des parlementaires et au président du Sénat, a déjà recueilli plus de 19 000 soutiens.
Sylvie Goy-Chavent pointe notamment du doigt le manque de contrôle dans les abattoirs français : « Quand vous avez un ou deux vétérinaires par département, comment font-ils pour être en bout de chaîne dans toutes les chaînes ? C’est impossible. »
Au-delà des questions d’ordre sanitaire, c’est tout le circuit de la ferme à l’assiette qui est mis à mal, avec entre les deux « cette zone de non-droit qui s’appelle l’abattoir, où on ne peut pas entrer facilement et où certains dérivent dangereusement, comme à Alès ».
En attendant les résultats de l’enquête administrative sur les conditions d’abattage des animaux à Alès, confiée par le parquet à la Brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires, l’établissement reste fermé. De son côté, son responsable a porté plainte pour « atteinte à la vie privée par fixation ou transmission de l’image des personnes ».
Et si l’affaire d’Alès constituait une opportunité de faire évoluer ce dossier ? Dans l’industrie, les meilleures marges ne sont pas forcément celles réalisées lors de la première transformation. Aussi, si l’on veut que le secteur “viande” se porte mieux, il conviendrait de valoriser le développement de la seconde transformation sur le sol français. La filière d’abattage française va mal parce que la politique d’exportation du ministère de l’Agriculture l’a tuée ces dernières années. Pourquoi favoriser l’envoi d’animaux vivants destinés à être abattus dans d’autres pays, plutôt que l’exportation de carcasses françaises ? Le groupe Bigard, pour ne citer que lui, a déjà soulevé cette ambiguïté. Avec ce scénario, les répercussions pour l’élevage français seraient faibles, essentiellement limitées au niveau de l’exportation des broutards. En revanche, ce serait l’émergence d’un nouveau modèle économique, fondé sur la proximité notamment.
Et c’est là que les associations de protection animale pourraient retrouver leurs intérêts : davantage d’abattage en France, c’est moins de transports d’animaux vivants, donc de souffrances inutiles. C’est aussi un abattage dans des normes – si elles sont respectées – nettement plus soutenables que celles en vigueur dans les actuels pays clients de la France. Lors du scandale des lasagnes à la viande de cheval, les Français ont pu découvrir (puis oublier…) le long voyage d’un morceau de viande entre le pré et l’assiette.
En même temps que le congrès vétérinaire à Paris, le Conseil national d'orientation de la politique sanitaire animale et végétale (Cnopsav) se réunissait pour débattre de ce dossier. Comme prévu, les tensions ont été à leur comble, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) allant jusqu’à considérer ses interlocuteurs comme des terroristes. Ambiance ! Ce n’est pas une surprise, puisque la solution retenue par les autorités est le pourrissement de la situation. Cela ne peut donc engendrer que de vives tensions et une radicalisation, même de la part des plus modérés dans les deux camps. Ce management de crise à court terme aura probablement de lourdes conséquences pour la suite. Mais nos politiques ont toujours montré, quel que soit le dossier, leur peu de vision à moyen et long termes. Inutile de rappeler ici comment sont gérées les politiques de prévention des crises sanitaires en France...
Alors, cette après-midi, lors des traditionnelles questions au gouvernement, Stéphane Le Foll a précisé qu’il était le comptable du bien-être animal. Ensuite, grâce à la loi d’avenir, il envisage de jouer la transparence dans les abattoirs comme il l’a fait cet été dans la restauration. Si tel était le cas, faudrait-il encore mieux appréhender les contrôles. A noter tout de même que comme l’a rappelé le ministre, 104 avertissements, 60 mises en demeure et deux suspensions d’agréments ont été relevés en 2014. Cela n’a pas empêché le scandale d’Alès.
* Sénateurs des groupes Union des démocrates et indépendants-Union centriste (UDI-UC), Les Républicains (LR), Rassemblement démocratique et social européen (RDSE) à majorité Parti radical de gauche (PRG) et écologistes.
** https://www.change.org/p/pour-une-commission-d-enqu%C3%AAte-sur-les-m%C3%A9thodes-d-abattage-des-animaux-de-boucherie
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