Une seule santé & Zoonoses 08/10/2026 · 3 min de lecture

Les pédiatres américains réitèrent leur appel en faveur de l'interdiction de la vente de lait cru, alors que le virus H5N1 fait peser un nouveau risque zoonotique

Bertrand Neveux

Les pédiatres américains réitèrent leur appel en faveur de l'interdiction de la vente de lait cru, alors que le virus H5N1 fait peser un nouveau risque zoonotique

L'Académie américaine de pédiatrie (AAP) a réitéré son appel en faveur d'une interdiction nationale de la vente et de la distribution de lait cru et de produits laitiers crus, avertissant que l'apparition du virus H5N1 chez les vaches laitières ajoute un nouveau risque viral aux risques bactériens bien connus liés au lait non pasteurisé. Cette mise à jour de la politique vise tout particulièrement à protéger les enfants et les femmes enceintes.


La nouvelle déclaration de l’AAP actualise les recommandations initialement publiées en 2014 et réaffirmées en 2025. Elle fait valoir que les prétendus bienfaits nutritionnels ou sanitaires du lait cru ne sont pas étayés par des preuves, alors que les risques infectieux sont bien documentés. Les produits laitiers crus peuvent transmettre, entre autres agents pathogènes, Campylobacter, E. coli pathogène, Listeria, Salmonella et Brucella.

Le virus H5N1 modifie l’évaluation des risques

La principale nouvelle préoccupation concerne la grippe aviaire A(H5N1) hautement pathogène. Depuis que le virus a contaminé le cheptel laitier américain, des études ont montré que les vaches infectées peuvent excréter de grandes quantités de virus dans leur lait. Selon le résumé de l’AAP, le virus H5N1 infectieux a été détecté dans près d’un quart des échantillons de lait cru prélevés dans les zones touchées lors de l’épidémie de 2024 dans le secteur laitier, et le matériel viral peut rester détectable dans le lait cru réfrigéré pendant plusieurs semaines.

Aucun cas d’infection humaine par le virus H5N1 attribuable à la consommation de lait cru contaminé n’a encore été confirmé. Le CDC estime néanmoins que le risque d’exposition est plus élevé chez les personnes consommant du lait non pasteurisé provenant d’animaux infectés et note que des chats et des animaux de laboratoire ont été infectés après avoir consommé du lait contaminé par le virus H5N1.

Les enfants sont touchés de manière disproportionnée

L’AAP souligne que les enfants sont particulièrement vulnérables aux maladies d’origine alimentaire. Près de la moitié des cas de maladie liés à la consommation de produits laitiers crus concernent des personnes de moins de 20 ans, dont une proportion importante d’enfants de moins de cinq ans. Les infections graves peuvent entraîner un syndrome hémolytique et urémique, des complications neurologiques, une insuffisance rénale ou le décès.

La grossesse aggrave également considérablement les conséquences d’une infection. L’AAP indique que les taux de listériose sont environ 12 à 14 fois plus élevés pendant la grossesse que dans la population générale, ce qui peut entraîner une fausse couche, une mort-né, un accouchement prématuré ou une maladie néonatale grave.

La pasteurisation reste la recommandation principale

Le CDC et la FDA continuent de recommander d’éviter le lait cru et les produits qui en sont issus. La pasteurisation inactive le virus H5N1 ainsi que les principaux agents pathogènes bactériens associés au lait, tout en préservant la valeur nutritionnelle des produits laitiers. L’AAP va plus loin, en appelant à l’interdiction de la vente et de la distribution de lait cru et de produits à base de lait cru, plutôt que de se contenter de conseils aux consommateurs. Le lait cru reste néanmoins légalement disponible dans au moins 27 États américains, selon des réglementations variables.

Aussi disponible en : English (US)

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Se connecter pour commenter