Les chiens de chasse qui rapportent des oiseaux sauvages pourraient occuper une place importante, mais peu étudiée, dans l’écologie de la grippe aviaire A(H5N1) hautement pathogène. Une enquête menée aux États-Unis auprès de 112 chasseurs a révélé des contacts fréquents et étroits entre les chasseurs, leurs chiens et les oiseaux abattus, tandis que l’utilisation d’équipements de protection individuelle était peu courante. L'étude ne démontre pas d'infection par le virus H5N1 chez les chiens ou les chasseurs, mais elle identifie plusieurs voies d'exposition plausibles qui méritent une surveillance « One Health » plus étroite.
Publiée dans la revue Veterinary Sciences, cette étude a examiné les pratiques de chasse, les mesures de prévention des maladies et les interactions quotidiennes entre les chasseurs et leurs chiens aux États-Unis. Ces travaux ont été motivés par l’élargissement, depuis 2022, de la gamme d’hôtes mammifères du virus H5N1 en Amérique du Nord, ainsi que par l’exposition particulière des chiens de rapport aux oiseaux aquatiques sauvages, qui constituent un réservoir important de virus de la grippe aviaire.
Contact étroit avec les oiseaux, les chiens et les personnes
Les chercheurs ont interrogé 112 chasseurs en 2024. Les réponses ont montré que les chiens de chasse étaient étroitement intégrés à la vie familiale : 93,8 % des participants considéraient leur chien comme un membre de la famille, bien que seuls 42,9 % aient décrit l’animal comme un animal de compagnie.
Cette relation étroite est importante car les chiens de chasse peuvent entrer en contact direct avec des oiseaux récemment abattus, des plumes, du sang, des sécrétions ainsi que de l’eau ou du sol contaminés avant de regagner leurs véhicules et leurs foyers.
Les chiens peuvent donc potentiellement faire le lien entre plusieurs environnements : les habitats des oiseaux sauvages, le matériel de chasse, leurs maîtres et le cadre domestique.
Les équipements de protection étaient rarement utilisés
L’étude a mis en évidence une utilisation particulièrement faible des équipements de protection individuelle.
Parmi les personnes interrogées, 96,4 % n’utilisaient pas d’EPI lorsqu’elles s’occupaient d’un chien malade, tandis que 81,3 % n’en utilisaient pas lorsqu’elles manipulaient des oiseaux abattus.
Ces comportements ne prouvent pas qu’une transmission ait lieu, mais ils augmentent les risques d’exposition aux virus de la grippe aviaire et à d’autres agents pathogènes zoonotiques en présence d’animaux sauvages infectés.
Le risque ne se limite pas à la manipulation directe des oiseaux. Les chiens qui rapportent du gibier d’eau peuvent également être exposés via des zones humides, des carcasses, des plumes et de l’eau contaminées, puis ramener des matières biologiques sur leur pelage, leurs pattes ou leur équipement.
L’infection par le virus H5N1 chez les chiens reste rare
Les auteurs soulignent que les infections confirmées par le virus H5N1 chez les chiens restent peu fréquentes.
L’étude n’a pas testé les chasseurs interrogés ni leurs chiens pour le H5N1, et elle ne permet pas d’estimer la probabilité de transmission des oiseaux aux chiens ou des chiens aux humains. Elle décrit plutôt les comportements et les schémas de contact susceptibles de faciliter l’exposition en cas de présence du virus.
Cette distinction est importante. Les chiens de chasse ne doivent pas être considérés comme des hôtes amplificateurs établis du virus H5N1 sur la base de ces données.
Leur importance réside dans le fait qu’ils pénètrent régulièrement dans des environnements où des oiseaux aquatiques infectés peuvent être présents, puis qu’ils ont ensuite des contacts étroits et prolongés avec des personnes.
Une lacune dans la surveillance « One Health »
L’étude met en évidence un volet de la surveillance qui a fait l’objet de bien moins d’attention que les élevages de volailles, les troupeaux laitiers ou les centres de réhabilitation de la faune sauvage.
Depuis 2022, le virus H5N1 a été détecté chez un nombre croissant de mammifères d’Amérique du Nord, notamment des renards, des chats, des visons, des mammifères marins et des bovins. Dans ce contexte, les chiens utilisés pour la chasse aux oiseaux aquatiques constituent une population logique à cibler dans le cadre d’une enquête, en particulier pendant les périodes de forte circulation des oiseaux sauvages.
De futures études pourraient associer des enquêtes comportementales à des tests sérologiques et par PCR sur les chiens de chasse, à un échantillonnage environnemental des zones humides et du matériel, ainsi qu’à la surveillance des oiseaux abattus.
Ces travaux permettraient de déterminer si les voies d’exposition identifiées par cette enquête se traduisent par des infections mesurables.
En ce qui concerne la surveillance du virus H5N1, l’étude identifie donc les chiens de chasse non pas comme un nouveau réservoir avéré, mais comme un pont potentiel à l’interface entre la faune sauvage, les animaux domestiques et l’homme, qui reste mal caractérisée.
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