Épidémies & Épidémiologie 07/10/2026 · 4 min de lecture

Le virus H5N1 doit désormais être considéré comme un risque systémique permanent, et non plus comme une succession de flambées épidémiques.

Bertrand Neveux

Le virus H5N1 doit désormais être considéré comme un risque systémique permanent, et non plus comme une succession de flambées épidémiques.

La grippe aviaire hautement pathogène a dépassé le stade des foyers épisodiques chez les volailles et doit désormais être gérée comme un risque systémique persistant touchant plusieurs hôtes. Une étude soutient que la combinaison d’une circulation soutenue chez les oiseaux sauvages, de transferts répétés vers les mammifères, d’une contamination environnementale et de foyers récurrents dans les élevages rend de plus en plus irréaliste un retour à une situation de référence stable et exempte de maladie.


Cette évolution est devenue particulièrement visible au cours de la saison migratoire d’automne 2025 en Europe. Entre septembre et novembre, des cas de grippe aviaire hautement pathogène confirmés en laboratoire chez des oiseaux sauvages ont été signalés dans 29 pays, le long des principales voies migratoires de l’Atlantique Est, de la mer Noire et de la Méditerranée, ainsi qu’en Asie centrale. En incluant les oiseaux captifs et domestiques, 2 896 foyers ont été signalés, soit environ six fois plus qu’au cours de la même période en 2024 et 12 fois plus qu’en 2023.

Un éventail d’hôtes plus large modifie le risque

Le virus ne circule plus principalement entre les oiseaux sauvages et la volaille. L’article fait état d’infections chez plus de 50 espèces de mammifères, y compris des mammifères marins, des carnivores et du bétail. L’établissement du virus H5N1 chez les vaches laitières aux États-Unis a marqué un changement épidémiologique majeur : en février 2026, plus de 1 000 foyers chez les bovins avaient été signalés dans 19 États, avec des preuves de propagation d’une exploitation à l’autre et d’infections humaines secondaires chez les travailleurs exposés.

Cette expansion multiplie les possibilités d’adaptation et de réassortiment du virus. Les auteurs soulignent que le faible risque actuel pour la population humaine en général ne signifie pas que la situation soit biologiquement stable. Le risque grippal peut évoluer brusquement lorsque des mutations spécifiques, des adaptations des récepteurs ou des événements de réassortiment franchissent des seuils critiques.

Les stratégies classiques d’éradication par abattage atteignent leurs limites

La lutte traditionnelle contre l’IAHP s’est largement appuyée sur l’abattage des troupeaux infectés, les restrictions de déplacement et le rétablissement du statut « indemne de maladie ». Mais lorsque le virus est réintroduit à plusieurs reprises par la faune sauvage et continue de circuler au sein des systèmes de production avicole, ces mesures peuvent réduire l’impact local sans éliminer la source sous-jacente du risque.

Les conséquences économiques sont déjà considérables. Environ 4,7 millions de volailles sont mortes ou ont été abattues en novembre 2025, principalement en Europe. Aux États-Unis, plus de 173 millions d’oiseaux sont morts ou ont été abattus depuis 2022, tandis que les coûts liés à la lutte contre l’épidémie ont dépassé 1,4 milliard de dollars fin 2024.

La vaccination devient un élément structurel de la lutte

Les auteurs placent donc la vaccination au cœur d’une stratégie plus résiliente. Ils ne la présentent pas comme un substitut à la biosécurité ou à la surveillance, mais comme faisant partie d’un ensemble intégré comprenant les approches DIVA, la surveillance ciblée et la détection rapide.

Le programme français de vaccination préventive des canards, mis en place en 2023 et maintenu jusqu’en 2025, est cité comme exemple de la vaccination devenant un élément permanent de la politique nationale de lutte contre l’IAHP. L’Italie, les Pays-Bas, la Chine, le Vietnam, l’Égypte et l’Afrique du Sud ont également adopté ou préparé des stratégies de vaccination dans certains secteurs avicoles.

L’argument central est que la lutte contre le virus H5N1 doit désormais passer d’une éradication d’urgence à une résilience à long terme : une surveillance adaptée à la circulation endémique, une vaccination intégrée à la politique commerciale, une coordination renforcée entre la faune sauvage, le bétail et l’homme, et l’acceptation du fait que la pression infectieuse persistante continuera de faire partie du paysage épidémiologique.

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