Épidémies & Épidémiologie 27/09/2026 · 7 min de lecture

West Nile 2026 : les cas équins et aviaires témoins d'une circulation inédite en Europe

Bertrand Neveux

West Nile 2026 : les cas équins et aviaires témoins d'une circulation inédite en Europe

Plus de 250 cas équins recensés en France dès la mi-septembre, 136 chevaux et 171 oiseaux positifs aux Pays-Bas, plusieurs dizaines d'infections animales en Belgique, cinq chevaux touchés à Chypre : au 26 septembre 2026, le bilan vétérinaire du virus West Nile s'est considérablement alourdi en Europe. Les données nationales publiées au cours du mois montrent surtout que le dernier bilan harmonisé ECDC-EFSA, arrêté au 3 septembre, est désormais largement dépassé. Chez les chevaux comme dans l'avifaune, la saison 2026 met en évidence une circulation intense et une extension géographique vers des régions jusqu'ici beaucoup moins touchées.


Le dernier bilan européen entièrement harmonisé publié par l'ECDC et l'EFSA porte sur les notifications reçues jusqu'au 3 septembre 2026. Il comptabilisait alors 121 foyers chez les équidés et 280 chez les oiseaux.

À cette date, la France représentait 43 foyers équins, l'Italie 34 et la Belgique 14. Chez les oiseaux, l'Italie dominait très largement avec 218 foyers, soit 78 % du total européen. Trois semaines plus tard, ces chiffres donnent cependant une vision très incomplète de la saison.

Les données nationales disponibles au 26 septembre montrent que la circulation animale a continué à augmenter fortement pendant tout le mois de septembre.

France : au moins 253 chevaux touchés, et de nouveaux cas après le 11 septembre

La France connaît une saison équine d'une ampleur inhabituelle. Au 11 septembre, 253 cas équins était recensés dans 18 départements. Six cas avaient été enregistrés en juillet, 143 en août et 84 supplémentaires au cours des onze premiers jours de septembre.

Entre juillet et le 11 septembre, 233 cas avaient été enregistrés contre seulement 25 sur la même période en 2025, soit près de dix fois plus.

Les Bouches-du-Rhône concentrent 65 cas, les Pyrénées-Orientales 40, l'Aude 29, le Gard 21, les Hautes-Pyrénées 19, l'Hérault 18 et le Vaucluse 14.

Mais l'événement le plus important tient probablement à l'extension géographique. Le Haut-Rhin, l'Essonne, la Loire-Atlantique, le Val-d'Oise, l'Ille-et-Vilaine, la Drôme, le Gers et la Dordogne figurent notamment parmi les départements nouvellement concernés.

Et le chiffre de 253 ne constitue pas le bilan au 26 septembre. Le 22 septembre, de nouvelles alertes concernaient encore la Loire-Atlantique, le Haut-Rhin, la Haute-Garonne et le Tarn-et-Garonne, ainsi que le Vaucluse et la Corse-du-Sud.

Pays-Bas : 136 chevaux et 171 oiseaux au 23 septembre

La progression néerlandaise est encore plus spectaculaire. Au 2 septembre, seulement cinq chevaux et six oiseaux étaient positifs. Au 9 septembre, les autorités comptaient déjà 58 chevaux et 39 oiseaux. Une semaine plus tard, le bilan atteignait 88 chevaux et 100 oiseaux.

Au 23 septembre, le RIVM recense désormais 136 chevaux positifs, 171 oiseaux positifs et quatre pools de moustiques infectés. En sept jours seulement, 48 chevaux et 71 oiseaux supplémentaires ont donc été identifiés.

Parmi les 171 oiseaux, 61 ont été retrouvés morts et 110 vivants lors du prélèvement. La Hollande-Méridionale concentre une part importante des détections, mais des oiseaux positifs sont également signalés en Brabant-Septentrional, Hollande-Septentrionale, Utrecht, Gueldre et Flevoland. Les chevaux infectés proviennent de cinq provinces : Hollande-Méridionale, Hollande-Septentrionale, Utrecht, Gueldre et Brabant-Septentrional.

Cette simultanéité "oiseaux, moustiques, chevaux puis humains" constitue probablement l'un des phénomènes épidémiologiques majeurs de la saison européenne.

Belgique : l'épizootie animale a précédé les cas humains

La Belgique suit une dynamique comparable. Au début du mois de septembre, le pays présentait déjà une circulation importante chez les oiseaux et les chevaux alors qu'aucun cas humain autochtone n'avait encore été enregistré dans le bilan européen. L'ECDC et l'EFSA considéraient explicitement cette circulation animale comme un indicateur de risque pour la population humaine. La surveillance belge a ensuite fait apparaître 34 chevaux positifs, 80 oiseaux sauvages et un flamant infecté en Flandre, auxquels se sont ajoutées des détections chez des canaris détenus en captivité.

Les premiers cas équins décrits en Belgique sont particulièrement sévères : trois chevaux non vaccinés atteints de formes neurologiques ont dû être euthanasiés. À la fin septembre, les cas humains ont à leur tour été détectés : neuf infections autochtones ont été comptabilisés dans le bilan européen au 23 septembre.

La chronologie belge montre ainsi très clairement le rôle de sentinelle de la surveillance vétérinaire : les animaux ont révélé l'intensification de la circulation avant l'apparition d'un nombre significatif de cas humains.

Italie : une circulation aviaire massive

L'Italie reste le principal foyer aviaire européen. Dans le bilan du 3 septembre, elle représentait à elle seule 218 des 280 foyers aviaires européens, ainsi que 34 foyers équins. La surveillance italienne publiée le 24 septembre montre désormais une circulation du virus démontrée dans 83 provinces appartenant à 19 régions, en combinant les données humaines, animales et entomologiques.

Les données régionales illustrent l'intensité de la circulation dans l'avifaune. En Lombardie, la surveillance actualisée le 26 septembre rapporte notamment 51 oiseaux sauvages positifs dans la province de Milan, 31 dans celle de Pavie, 15 à Crémone, 14 à Varèse, 11 à Mantoue et 10 à Bergame.

L'importance de l'épizootie aviaire italienne ne doit donc pas être éclipsée par le nombre élevé de cas humains : près de 700 infections humaines sont par ailleurs recensées au 23 septembre.

Chypre : cinq chevaux dans un même établissement

Chypre a rejoint fin septembre la liste des pays européens enregistrant une circulation équine documentée. Le 23 septembre, les services vétérinaires ont annoncé la confirmation du virus chez des chevaux dans la région de Paralimni. Les investigations ont finalement identifié cinq chevaux positifs parmi les 16 présents dans un même établissement.

Au 25 septembre, aucun autre cheval positif n'avait été identifié dans la région. Les cinq animaux étaient en cours de rétablissement après traitement. Ces cas constituent la première détection équine rapportée dans la région de Paralimni.

Espagne : de nouveaux foyers encore enregistrés en septembre

La circulation équine se poursuit également en Espagne. Le registre officiel RASVE a enregistré de nouveaux foyers de fièvre West Nile après le début septembre, notamment en Andalousie et en Catalogne. Ils s'ajoutent aux neuf foyers équins espagnols qui figuraient déjà dans le bilan ECDC-EFSA arrêté au 3 septembre.

Autriche et Allemagne : circulation confirmée mais moins intense

L'Autriche continue elle aussi de détecter le virus chez les chevaux et les oiseaux, principalement dans l'est du pays. La situation allemande demeure plus modérée. Les premières données de septembre faisaient état de seulement quelques chevaux ainsi que d'oiseaux sauvages ou captifs positifs, principalement dans des régions où le virus était déjà connu.

Chez le cheval, les formes neurologiques restent l'enjeu clinique majeur

L'infection reste asymptomatique chez une grande partie des chevaux. Chez ceux qui développent la maladie, le tableau peut cependant évoluer vers une atteinte neurologique sévère : faiblesse, ataxie, fasciculations musculaires, troubles proprioceptifs, modification du comportement, décubitus ou incapacité à se relever.

Contrairement à l'être humain, le cheval dispose de vaccins ! Les cas survenant chez des animaux vaccinés montrent que la vaccination n'empêche pas nécessairement toute infection. Son objectif principal reste de réduire la probabilité et la sévérité des manifestations cliniques, notamment neurologiques.

Au 26 septembre 2026, les données animales décrivent finalement mieux l'évolution européenne de West Nile que le seul décompte des infections humaines. En parallèle, 1 569 infections humaines autochtones ont été consolidées par l'ECDC au 23 septembre dans 16 pays européens.

Mais la dynamique de 2026 apparaît d'abord dans le chez l'animal : l'augmentation des chevaux atteints traduit le débordement du cycle enzootique, tandis que la multiplication des oiseaux positifs révèle l'intensité de l'amplification virale. C'est cette association entre forte épizootie équine, circulation aviaire massive et extension vers le nord-ouest de l'Europe qui caractérise, au 26 septembre, la saison West Nile 2026.

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